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MONOGRAPHIE SUR COLLO

Ancienne Chullu municipium des Romains.

par Joseph PARRES,

Juillet 1933

 

 

Joseph PARRES (1872-1940) avec quelques objets issus de fouilles archéologiques.

(Notre grand-père et arrière grand-père)

Pièces archéologiques trouvées par Joseph Parrès et déposées dans un coin du jardin public de Collo.

 

 

 

MONOGRAPHIE

SUR COLLO

(Département de Constantine)

Ancienne Chullu municipium des Romains

par

Joseph PARRES

Membre correspondant honoraire

du Ministère de l'Instruction publique

Officier de l'Instruction

publique

 

 

Juillet 1933

 

==== Alger ====

Imp. P. Guiauchain


 

PREFACE

 

Habitant Collo depuis 3 ans, je me suis intéressé aux quelques Ruines, Romaines, qui subsistent encore en mauvais état. Je me suis décidé à écrire cette petite monographie, je prie le lecteur de m'être indulgent, n'étant pas écrivain, amateur seulement. Je remercie sincèrement les personnes qui m'ont honoré de renseignements, ce qui m'a facilité ma tâche.


COLLO

ANCIENNE VILLE PUNIQUE, ROMAINE, ARABE, FRANÇAISE

L'ancienne Chullu municipium des Romains, cité ayant un Conseil municipal, ou ancienne Coloniae Minervae Chullu, comme le prouve une inscription romaine trouvée à Collo et actuellement déposée au Musée de Constantine, porte gravée

COLONIAE MINERVAE CHVLLV

et qui établit le synonyme de Collo moderne et le Chulli Municipiun de l'Empereur Antonin 138 ans de notre ère (1). Elle était aussi une des quatre Colonies Cirtenses (Constantine), à l'époque de l'Empereur Trajan, année 117. Elle est située sur le bord de la mer par 4 degrés 35 de longitude est, et 37 degrés 21 de latitude nord (2).

(1) La table de Peulinger dit de Collo : Chulli. L'itinéraire d'Antonin : CHVLLV, elle aurait donc à tour de rôle porté ces deux noms.

(2) Sans doute par rapport au méridien de Paris. En 2000, ces coordonnées sont établies à 37°00'51'' N et 006°33'12'' E par rapport au méridien de Greenwitch. (Note du responsable du site).


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COLLO

ANCIENNE CHULLU MUNICIPIUM


NOTICE SUR LA NÉCROPOLE ROMAINE


 

Monsieur Luciani mentionnait en 1883 1es nombreux dolmens qui se trouvent aux portes de Collo et dans les environs ; la nécropole mégalithique du Djebel Koudiat El Snâd, face au feu rouge, composée de 29 tombeaux fut décrite par ce haut fonctionnaire. Quelques années plus tard, en 1894, le Capitaine Hélo, découvrait à quelques cents mètres de Collo, sur le flanc oriental du Coudiat es Snad, la Nécropole Liby-phénicienne ; une notice que nous a laissée cet archéologue nous détaille les divers objets trouvés dans les 22 tombeaux qu'il a fouillés. En 1903, MM. Bary et Régulato tirent aussi des recherches dans la même Nécropole, il reste encore beaucoup à faire sur ce point. Mais, tandis que les nécropoles antiques étaient connues, le cimetière romain était encore ignoré ; ce ne fut que vers la fin de 1905 qu'il fut découvert d'une façon toute fortuite. A quelques pas de l'ancien château d'eau romain, sur le versant nord d'une petite élévation appelée aujourd'hui " Mont Bocquillon ", à trois cents mètres de la ville, sur la route dite de Djidjelli et qui conduit à Aïn-Zida, les cantonniers trouvaient bien quelques briques et poteries diverses mais l'attention d'aucun archéologue ne fut mise en éveil. On ne se douta pas que cette route traversait un cimetière d'une assez grande étendue et intéressant sous bien des rapports.

(1) Recueil de la Société archéologique de Constantine. 23ème volume, page 103.

(2) L'ancienne voie romaine devait passer un peu au-dessous de celte nécropole, il nous semble que pour sortir de Collo et gagner les crêtes, la route avait un tracé plus naturel sur ce point que sur tout autre, deux fortins que nous avons relevés indiqueraient cette direction.


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Le 12 janvier 1906, M. Bocquillon, sachant que je m'occupais un peu d'archéologie, m'informa qu'en creusant des fosses pour planter des oliviers; ses ouvriers venaient de découvrir quelques tombes qui lui paraissaient très anciennes. Je me rendis aussitôt à l'appel de ce colon laborieux et ce fut une grande joie pour moi de me trouver en présence de ces anciennes sépultures ; le lieu paraissant très favorable à l'emplacement d'un cimetière, j'eus de suite la conviction qu'il y avait là des fouilles à faire. Vu mon peu de compétence en la matière il ne me fut pas tout d'abord possible de déterminer l'âge de ces tombeaux. Mais, comme il est facile de le voir, ils diffèrent essentiellement de ceux du Coudiat es Snad par le mode de sépulture et la nature des objets (1). Les fouilles ont été tout d'abord entreprises par le propriétaire du fonds qui a bien voulu me laisser suivre, tous les travaux exécutés et noter toutes les découvertes. Les premières tombes rencontrées à 1 m. 50 de. profondeur, sont de forme rectangulaire, en briques rouges non liées par du ciment. Longueur des tombes 0 m. 70, largeur 0 m. 50, hauteur 0 m. 50, épaisseur des briques 0 m. 07. Les tombeaux ont l'apparence de coffres sans fond, les urnes et autres objets reposent ainsi sur le sol ; ils renferment généralement deux urnes ou vases cinéraires, une lampe romaine, des fioles, des coupes, cuvette en verre de formes diverses. Le verre ne manque pas de finesse, il est très léger. Nous avons ainsi fouillé cinq ou six tombeaux rapprochés sur une même ligne de l'est à. l'ouest. Cependant dans l'une de ces sépulcres; les urnes, au lieu d'être en terre sont en plomb de la. grandeur de seaux ordinaires (2), cylindriques, sans anses et avec un couvercle. Les urnes

(1) La nature du terrain n'aurait pas permis de construire des tombes analogues, car le Coudiat es Snad est une sorte de grand feldspathique, tandis que le terrain du mont Bocquillon est plutôt argileux, schisteux, on n'y pourrait pas creuser des chambres funéraires.

(2) Dans les diverses descriptions de cimetières romains qu'il m'a été donné de:lire, il n'est jamais question, ce me semble, de ces sortes de vases funéraires en plomb.


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et les seaux renfermaient des cendres et des ossements calcinés, mélangés à de la terre qui, par infiltration remplissait tous ces vases généralement en terre cuite ordinaire. Les amphores ont une ou deux anses, elles ont de 0 m. 25 à 0 m. 30 de hauteur, le col est plus ou moins étroit; l'une de ces urnes a l'ouverture aussi évasée que nos marmites de ménage ; quelques-unes sont unies sur la panse, d'autres portent des lignes horizontales ; on en remarque de piriformes, tenant difficilement debout ; une est dentelée sur les bords. Les anthropoïdes (1), assez communs à Collo, manquent complètement dans les sépultures. Cela se conçoit aisément, ces derniers vases étant d'un âge plus reculé. J'ai trouvé cependant les débris d'une urne dite à queue, qui a dû faire double emploi. En somme la facture des urnes cinéraires est des plus ordinaires ; leur dimension est toujours à peu près la même. La lampe que l'on rencontre dans chaque tombe est romaine, teinte en rouge, en jaune clair ou en brun foncé; elle est très simple et petite. Ce qu'il y a de plus particulier dans ces sépultures c'est le grand nombre de vases en verre qu'elles renferment. Malheureusement, lorsqu'on les touche, ils se brisent. Nous avons pu cependant en retirer quelques-uns intacts ou pouvant être recollés. Tous ces vases de formes différentes, ce sont de petites coupes sans pid (lacrymatoires), des carafons, des gutturéums avec anses et goulots bien confectionnés, des fioles à long col, d'autres n'ayant qu'une large panse et un col très court. Le verre est, nous l'avons dit, très léger ; quelques vases en verre opaque ont des reflets de cristallisation (2). Je n'ai relevé qu'une seule inscription latine ; sur le fond d'une petite fiole on lit LVCRIO (homme de gain). C'est sans nul doute la marque de l'atelier ; cette fiole est parfaitement conservée. Les petits vases en terre, peu nombreux il est vrai, que nous avons trouvés, - le verre remplaçant ici, les nom-

(1) Genre de singes qui ressemblent le plus à l'homme.

(2) Remarqué des vases en verre qui ont la forme de certaines poteries carthaginoises, mais dont nous n'avons pu avoir que l'anse et le goulot.

 


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-breux petits vases en terre que l'on rencontre dans les sépultures phéniciennes ou romaines - sont assez élégants, ils sont à anses, à goulot et en terre généralement très rouge ; ce sont de petites aiguières servant aux libations, elles ont leur cupule. A côté de ces premières sépultures construites comme nous l'avons dit, en grandes briques, nous avons rencontré une tome d'une forme toute différente (1). Elle était formée par deux murettes en briques jaunes striées ; sur certaines briques les stries sont horizontales ; elles ont 0 m. 15 de long, 0 m. 12 de large et 0 m. 03 d'épaisseur. Ces deux murettes avaient environ 0 m. 40 de hauteur sur 1 m. 80 de long. Dans cette tombe, large de 0 m. 70 reposait un squelette ; vers la tête se trouvait une amphore assez grande, jaune ; 12 lamelles en plomb pliées à angle droit de 0 m. 10 de longueur sur 0 in. 90 de largeur étaient placées au fond contre les murettes et de chaque côté, à égale distance ; ces lamelles portaient des trous très oxydés, elles servaient à tenir les planches du cercueil ; quelques vestiges de bois putréfié ont été recueillis. Cette tombe était recouverte de grandes tuiles plates, jaunes, à rebord, elle ne contenait aucun vase et rien de particulier. Auprès de cette sépulture d'un nouveau mode, nous avons rencontré deux ou trois types, des premières (2). Avec leur mobilier, parmi les menus objets découverts et qui n'ont pas été mentionnés au cours de cette étude, je citerai : 1° un dé à jouer ; 2° un petit vase cylindrique en plomb avec couvercle percé d'un petit carré, à côté un clou à grosse tête qui devait servir de fermoir. Ce qui paraîtra extraordinaire c'est que nous n'avons jusqu'ici découvert aucune monnaie antique dans ces tombes ; pas plus des pierres portant des inscriptions. Comme il m'était difficile de déterminer l'époque où les habitants de Collo avaient enterré leurs morts sur ce point, j'assemblai tous les objets découverts et en fit tirer une photo par M. ELLUL, j'en adressai une épreuve au savant Père Delat-

(1) Ces sortes de sépultures sont assez nombreuses, comme j'ai pu m'en rendre compte par la suite.

(2) Le mode de sépulture en grosses et grandes briques rouges est apparemment antérieur à celui construit en briques rouges.


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-tre pour avoir des renseignements ; il me fut répondu comme suit : " La description des sépultures que vous avez explorées, la vue des objets photographiés, la présence de verrerie et de grandes briques indiquent que vous êtes dans un cimetière romain qui peut dater du IIe siècle, peut-être du IIIe autant que je peux en juger par ce que j'aperçois de la forme des lampes. Dans tout ce que vous m'écrivez et ce que me montre la photographie, je ne vois rien de punique. D'ailleurs l'inscription que vous avez relevée sur une fiole de verre confirme que vous êtes en pleine période romaine. " La seconde inscription latine que j'ai relevée par la suite sur une lampe romaine corrobore aussi les données du savant archéologue. En mai 1926, toujours aidé du bienveillant M. Bocquillon, je voulus me rendre compte de la superficie de la nécropole. Pour cela, je fouillai à 40 mètres plus à l'ouest de mes premiers travaux. Je rencontrai encore quelques tombes de modes divers où l'incinération (1) et l'inhumation sont mélangées, une seule lampe et quelques vases cinéraires brisés ont été recueillis. La lampe romaine portait un petit Cupidon ailé et un rameau autour de l'ouverture ; sur le fond, on lit l'inscription MVNI. La plupart des tombes, sur ce point, au lieu d'être construites en grosses briques, sont formées par de grosses tuiles plates jaunes à rebord, recouvrant parfois des squelettes, parfois des ossements calcinés, ces deux modes de sépulture sont adoptés presque indifféremment. Les tombeaux étaient superposés autant que nous permet de juger le bouleversement du sol. Ce moyen de sépulture, au moyen de tuiles à rebord, avait été observé par le Capitaine HÉLO et voici comment il s'explique dans sa notice sur la Nécropole Libye-Phénicienne, page 7, en parlant des vases anthropoïdes qu'il a trouvés.

(1) Le Père Delattre dans une brochure intitulée : " Fouilles d'un cimetière romain à Carthage (IIe siècle de notre ère), écrit tous les corps reposés dans ce cimetière n'ont pas subi la crémation, on rencontre aussi des squelettes ", page 10.

 


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" Ce n'est pas seulement dans les tombeaux dont la description sommaire va suivre qu'on rencontre ces urnes funéraires, j'en ai trouvé un peu partout dans le sous sol de Collo à des profondeurs variant de 0 m. 20 à 0 m. 30 dans la Nécropole et allant jusqu'à deux mètres et trois mètres, comme pour les fouilles faites pour la construction de la nouvelle église et de la Mairie. " " Les urnes sont alors généralement recouvertes de deux ou quatre grandes tuiles plates à rebord, butées l'une contre l'autre, par leur partie supérieure et formant une sorte de toit au-dessus du vase cinéraire " . " C'est surtout sur les pentes de la Nécropole Lybi-phénicienne, et sur les pentes du Darksaim ou Darksair qu'on les rencontre en grand nombre. On démontrera peut-être que ce genre de sépulture, plus simple, était réservé aux esclaves ou affranchis ou même simplement utilisé pour les pauvres alors que les tombeaux creusés étaient pour les familles riches. " Tout nous porte à penser que le cimetière romain -l'expression de cimetière des Romains serait plus vraie- sur lequel nous sommes actuellement, était réservé aux pauvres ; des urnes ordinaires, des vases de diverses formes et grandeurs, quelques débris de bracelets en cuivre, c'est tout ce que nous avons pu découvrir. La présence de nombreux vases en verre est surtout remarquable, nous savons qu'instruits par les Egyptiens, les Romains, vers le IIe siècle avant notre ère, s'adonnaient à la fabrication du verre, mais ce n'est que vers le IIIe siècle de notre ère que la verrerie devient d'un emploi assez commun et voilà pourquoi nous rencontrons des vases en verre dans cette Nécropole des Romanisés. Les Phéniciens avaient acquis une très grande célébrité dans l'industrie du verre et comme Collo fut avant tout une ville punique on peut encore expliquer par là la présence de nombreux objets de verre apportés de Tyr ou de Sidon. Cependant la Nécropole Liby-Phénicienne en parait dépourvue. " J'ai rencontré, dit le Capitaine HÉLO, de ci de là quelques débris de verre, mais à part une petite fiole provenant du tombeau n° 7 et les quelques perles ont été

 


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" recueillies en divers endroits, je n'ai trouvé aucun objet de cette nature qui vaille la peine d'être mentionné ". (Notice sur une Nécropole Liby-Phénicienne, page 9). En novembre 1906, je repris des recherches archéologiques sur un troisième point de ce cimetière romain. C'est toujours le même genre de sépultures ; les premières tombes à 1 m. 50 (le profondeur sont construites en grandes tuiles jaunes et ne contiennent que des squelettes. Nous avons cependant trouvé dans l'une de ces tombes un certain nombre de lamelles de plomb avec des clous pour fixer le bois des cercueils. Les tombes du premier type observé, c'est-à-dire construites en grosses et grandes briques rouges, sont placées à 0 m. 25 au-dessous ; elles renferment toujours le même mobilier : 2 urnes cinéraires, une lampe, des fioles en verre, l'un de ces petits vases porte l'inscription suivante LVMITANV et un petit dessin, la marque du verrier. A signaler aussi une lampe en terre jaune portant un aiglon au-dessus, et sur le fond une inscription illisible ; 2° une sorte de vase en forme de biberon ; 3° une lampe plus grande avec, en relief, un corps de femme, lampe en mauvais état.

CONCLUSION

La Nécropole romaine que nous venons d'explorer par nos propres moyens et ceux mis à notre disposition par le Gouvernement général - 200 francs - n'a pas encore dit son dernier mot ; on y rencontre des indications qui permettent de lui assigner une époque certaine. Ce cimetière fut plutôt celui réservé aux autochtones, aux romanisés que celui des maîtres du pays (les Romains, proprement dits). Nous n'avons en effet découvert aucune épitaphe, alors que dans les Nécropoles romaines, les simples esclaves ont tous une inscription marquant leur nom. Ce cimetière nous indique les limites de l'antique CHVLLV au nord-ouest ; on sait en effet, que les Romains enterraient leurs morts en dehors des murailles. La proximité du cimetière romain de la ville actuelle bâtie sur l'emplacement de la ville phénicienne, dans un

 


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cadre naturellement très restreint, nous fait demander à des personnes plus autorisées : Pourquoi Ptolémée appelait l'ancienne cité Collops Magnus et pourquoi encore Strabon la considérait comme Oppidium Magnus. Relation faite par M. Parrès. A 1500 mètres, au nord-ouest de Collo en 1856 fut découvert un magnifique sarcophage en marbre blanc mesurant 2 m. 10 sur 0 m. 46 et 0 m. 45 de profondeur ; on y voyait diverses scènes bibliques : Jonas rejeté par le monstre, puis, au repos sous un genévrier, le Bon Pasteur et l'Eglise, le Miracle de Cana, Daniel entre les lions. Par négligence d'enlèvement ce beau monument a disparu.


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COLLO

FOUILLES DE TAHARA LI CHÉTAIBA

J'avais été informé que des fragments de mosaïque existaient au nord-ouest de Collo, sur le plateau dominant les eucalyptus au lieu dit plus haut, non loin des sources qui approvisionnent notre ville en eau potable. Après une première visite à l'endroit indiqué, je crus devoir en informer M. l'Administrateur et signaler l'intérêt qu'il y aurait à faire des recherches à l'endroit indiqué. Je fus autorisé à y engager une partie du crédit alloué par le Gouvernement général pour études archéologiques à Collo. Au début de rues recherches, une mosaïque brisée par suite de l'affaissement du sol fut mise à jour, elle ne comportait aucun signe symbolique mais simplement des figures géométriques. Je fis fouiller tout autour de cette mosaïque, rien d'intéressant ne fut relevé. Plusieurs endroits voisins furent explorés, j'y remarquais des ruines et des vestiges de mosaïques, mais il eut fallu employer la totalité des crédits pour enlever seulement les hautes broussailles qui recouvraient tout cela. Le point marqué 105 sur la carte d'Etat-Major, situé à quelques centaines de mètres de mes premières fouilles me paraissant offrir de sérieuses espérances, j'y conduisis les ouvriers. Cet endroit avait été d'ailleurs désigné par M. LUCIANI et le Capitaine HÉLO comme intéressant à étudier.. C'est là en effet, que fut découvert en 1858 un magnifique sarcophage chrétien en marbre blanc dont il ne reste plus trace à Collo. On voit sur ce petit mamelon, les fondements d'un édifice avant la forme d'un parallélogramme mesurant 24 mètres de long, 12 mètres de large. Ces assises que je pensais tout d'abord être l'abside d'un temple, peut-être même d'une basilique chrétienne, sont très apparentes ; on peut en dire autant des assises de MARTHEX.


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Des fûts de colonnes, en marbre assez grossier et en serpentine, quelques chapiteaux style corinthien, des fragments de corniches, des morceaux de plomb pour scellements furent mis à jour après avoir remué un certain nombre de mètres cubes de terre ; je fis creuser assez profondément sur plusieurs points de l'édifice pour en trouver le dallage, je ne rencontrai que des briques rouges ordinaires. Malgré le travail extraordinaire je ne pus rien découvrir me permettant de déterminer la destination de cet édifice. Je ne crois pas utile que l'on revienne fouiller cet emplacement, mais les environs du Tahara Il Chetaïbia encore inexplorés au point de vue archéologique possèdent de nombreuses ruines, aussi bien que le sous-sol de Collo. L'antique Chulli n'a encore presque rien révélé de son passé illustre pourtant, d'après les historiens anciens. Abbé FRANÇOIS, 1905-1907 - Collo.


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HYPOTHÈSE

sur l'existence d'un ancien détroit ayant traversé le bas de la ville de Collo

Fait qui depuis mon arrivée m'a toujours intrigué et que je crois avoir mis au point après de nombreuses visites sur les lieux, ce sont les deux montagnes du bas de la ville.

1° Celle de la presqu'île Djebel Djerda qui prend pied derrière la mosquée, point terminus, le phare ;

2° Lui faisant face le Djebel Coudiat El Snâd qui prend sa naissance derrière les bureaux de la Douane, à son sommet, à droite, est construite la casemate ; sur le pilon, lui faisant face, le blockhaus, tous deux abandonnés depuis la guerre.

Les deux montagnes, j'en ai presque la certitude par leur proximité, 150 mètres au plus les éloignent actuellement à leur base, devaient être séparées par un petit détroit de 300 à 350 mètres de longueur ; depuis, certainement, un temps très lointain, n'étant pas compétent en cette matière je laisse le soin à des géologues d'en fixer à peu près l'époque, il devait suivre le pied du Djebel-Djerda (plage des jeunes filles) en suivant les caprices de ses contours pour atteindre ensuite la rive côté sud, bien plus bas que la mosquée, construite depuis.

Au centre de ces deux points, angle nord du square, l'altitude est de dix mètres, plan de la ville.

Je conclus donc que sa disparition doit être attribuée 1° au recul de la mer ; 2° apports de sables par les vents ; 3° aux alluvions des deux Djebel, entraînés par les pluies. Le sous-sol d'une rive à l'autre est sablonneux.

CULTE ANCIEN

Il y avait, à cette époque, un évêché dont les deux titulaires connus sont : l'évêque Victor Qullitanus, ayant pour compétiteur le donatiste Fidentius, appelé Episcopale Civitatis Supredictae, en 411 de notre ère et Quod Vuldeus en 484. On ne voit pas figurer le nom de cet évêque au Congrès de Carthage, désigné par le roi vandale Hunéric en 484, devoir en informer M. l'Administrateur (1) et signaler l'in-


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roi qui succéda à son père, le persécuteur des chrétiens, en 477. L'époque phénicienne ou punique y a laissé des traces : 29 grottes, deux tombeaux encore visibles, dont j'entretiendrai plus loin le lecteur.

DOLMENS

Dans l'ancienne commune d'Attia, rattachée depuis à celle de Collo, à l'endroit dit Taoulél, sur un plateau d'une altitude de 908 mètres, Souk-el-Youdi (Marché des Juifs) et Ain Sour Eddi El Maâlem, au bas des contreforts du Djebel Genil (1.183 mètres), poste téléphonique installé pour alerter en cas d'incendie, il existe dans ces parages un groupe important de dolmens (26), situé à 30 kilomètres de Collo et à environ 500 mètres au sud-est de la route de Collo à Bessombourg et qui dessert la vaste exploitation des forêts de lièges " Petite Kabylie ". Une vingtaine sont encore debout supportés par deux ou trois pierres horizontales, les unes sur les autres. D'autres par quatre pierres verticales leur formant pied. Trois ou quatre de ces dolmens sont plus intéressants ; ils sont entourés comme les cromlechs de plusieurs rangées de pierres circulaires. Ils sont tous recouverts d'une épaisse dalle lisse provenant d'une carrière des environs. Ceux qui sont à terre ont certainement été fouillés dans un but de cupidité.

VESTIGES D'HABITATIONS ROMAINES AUX ENVIRONS DE COLLO

Il serait trop long de les énumérer car il y en a partout, et toute sans importance, elles ont dû subir la visite des piocheurs depuis fort longtemps ; à signaler en passant les deux constructions dont il ne reste que les murs, les fondations et quelques grosses pierres taillées, éparses autour des ruines. La première est au-dessus de la route, fontaine des sangliers, sous un chêne à mi-montagne ; la seconde est au sommet sous un chêne aussi et à 150 mètres de la première. Ces deux endroits devaient être choisis en raison du point de visibilité sur les monts environnants et face à la mer; ce devait être de petites villas en pleine forêt. J'y ai trouvé aux environs quelques fragments de tuiles plates


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portant gravés en triple circonférence l'oméga grec, un petit Constantin le grand, et un Constance assez bien conservés. Je me réserve une seconde visite.

RUINES D'UN FORT ROMAIN

Sis au lien dit Aïn-El-Ksar, douar El Ouldja, sud-est de Collo, à l'altitude de 1.000 mètres et distant de cette ville de 44 kilomètres, dont quatre en montagne, en partant de la route en construction de Collo-El Ouloudj-El Milia, point terminus Djidjelli.

Il est d'une superficie d'environ vingt à vingt-cinq mètres carrés construit en pierres de taille de fort appareil.

En certains endroits, les murs ont encore deux mètres de haut sur un d'épaisseur ; dans d'autres, leur hauteur n'est plus que de un mètre ; plus loin, ils sont à fleur de terre.

Une grande partie de ces grosses pierres gisent, éparses autour de la ruine, d'autres dans le ravin qui la contourne, aucune inscription n'a attiré mon attention, l'ensemble est recouvert d'un épais manteau de broussailles.

Sa construction au sommet de la montagne permettait aux occupants d'avoir une grande étendue de visibilité, tant sur les montagnes voisines que sur la plaine et la mer.

MAISON FORESTIÈRE

A cinquante mètres en contre-bas du fort et au sud-est, l'Administration a fait construire une vaste maison forestière dont l'entreprise a emprunté à la ruine une grande partie de ses matériaux. Tous les soubassements sont construits en grosses pierres de taille.

Dans le petit jardinet, face à la maison, quatre grandes pierres carrées sont plantées ; sur l'une d'elle, on voit la trace d'une inscription complètement martelée.

Aucun vestige d'inscription, de poteries, etc., ne viennent aider le chercheur ou l'archéologue.

Au-dessous et à quelques mètres du fort gisent deux énormes blocs de granit, parfaitement lisses, de forme ovoïde et de vingt mètres cubes à peu près chacun ; je suppose que ces blocs ont dû être transportés et roulés par


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les glaciers qui leur ont donné cette forme. Je laisse le soin de cette identification à des gens compétents en la matière, je les signale à titre de curiosité.

PREHISTOIRE

Dans mes nombreuses sorties, je n'ai jamais trouvé nulle trace de silex taillés ou bruts ? Cela ne veut pas dire qu'il n'en existe pas.

VESTIGES D'UN THERME ROMAIN

A deux kilomètres de Collo, au bas de la route qui conduit à Robertville, sous le marabout et nécropole Sidi-Bouadid existe encore la plate-forme d'un therme au bord de la mer.

GALERIE ROMAINE

Sur le quai de Collo et dans la falaise, j'ai découvert une galerie en pierres de taille, haute de 3 m. 15, large de 1 m. 10, plafond plat ; à mon avis, elle devait servir de refuge en cas de surprise, et devait permettre à la garnison ou à la population d'emprunter cette galerie pour se réfugier en ville. Par autorisation, je m'occupe de son déblaiement. Construite en pierres de taille de 1 m. de profondeur et 0 m. 50 carré ; au-dessus et à droite, il en existe une pareille à entrée plus petite, même genre de construction, mais murée, par qui ? pourquoi ? A dix mètres plus loin et à droite, on y constate l'existence de la sortie d'un égout haut de 1 m. 20 en pierres taillées, mais muré aussi ; à mon avis, cet égout devait servir aux quelques habitations construites au-dessus de la falaise que la mer baignait et éloignée à présent de 200 mètres, par la construction du quai.

DECOUVERTE D'UN TOMBEAU ROMAIN

pendant le creusement de la cave du presbytère. Mars 1932

(Dessin et plan gracieusement exécuté par l'ami Giovanetti, Architecte voyer communal)

Ce tombeau original en forme de fer à cheval, construit sur voûte en dalles de terre cuite de 0 m. 40 sur 0 m. 30, repose de chaque côté sur un mur maçonné à la chaux. Au centre et à droite, nue niche cinéraire ; tombe et niche


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ont été saccagées depuis fort longtemps ; le tout recouvert d'une épaisseur de terre de plus de trois mètres ; longueur du tombeau, 2 mètres ; hauteur, 1 m. 30, épaisseur des murs 0 m. 40. Aucune inscription ni vases funéraires, ni monnaies n'ont été trouvées ; seul un grand amas (le débris dans lequel une dalle cuite, bien conservée, porte en creux, la croix de Saint-André.

NOTICE SUR LES 29 TOMBEAUX CONNUS

Plus loin, détail de ces tombeaux qui sont à l'heure actuelle au nombre de 16 y compris un, découvert par moi, caché sous les broussailles et face au feu rouge ; ces tombeaux ont été étudiés par les soins du savant archéologue M. GSELL, décédé depuis trois ans - je m'incline respectueusement devant sa tombe - accompagné de M. Marcel CHRISTOFLE, géomètre en chef des Travaux historiques au Gouvernement général. Ces deux érudits ont photographié et mesuré tous ces tombeaux de 1927 à 1928 ; ont également collaboré aux recherches de ces tombeaux, défunt M. ALQUIER, disparu emportant nos regrets, sa dame et lui, tous deux fervents archéologues, membres de la Société d'archéologie de Constantine ; M. ALQUIER, Officier de l'Instruction publique ; sa dame, les palmes académiques. Un rapport a été publié ; depuis, 17 autres ont été découverts, y compris celui que j'ai trouvé au commencement des autres, sous les broussailles, face au feu rouge. Ils sont tous à flanc de montagne, face à la mer, au-dessus de la route de Collo à Robertville, à 400 mètres de cette première localité, sur la montagne appelée Djebel Koudiat et Snâd, tous proches les uns des autres par groupes de cinq et en deux rangées superposées ; sur la dernière est construite un tombeau romain actuellement en ruines et, un peu plus bas, une citerne en ruines. Tous ces tombeaux ont été fouillés il y a très longtemps par la main-d'oeuvre militaire dans un but que je suppose plutôt intéressé que scientifique ; quelques objets trouvés ont été expédiés au Musée de Constantine.


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DETAIL DES GROTTES OU TOMBEAUX

Du Nord au Sud :

Caveau n° 1. - Couloir long de 4 mètres à toit effondré. Entrée dans le caveau par une ouverture de 0 m. 90 carrée ; le caveau a 3 mètres de long, 2 m. de large ; trouvée une brique grossière de 8 centimètres et 5 centimètres d'épaisseur.

N° 2 et 3 - Le n° 2 : long 2 an. 40 ; large 2 an. Le n° 3, mauvais état.

N° 4 - Entièrement effondré.

N° 5 - Voûte en arrière d'un effondrement.

N° 6 - Voûte effondrée ; caveau 1 m. 50 de long, 1 m. 30 de large.

N° 7 - Excavation profonde de deux mètres ; accès par un couloir aboutissant au dessus de la route.

N° 8- 9-10. - Même structure que le n° 7.

N° 11 - Complètement effondré.

N° 12 - Mauvais état, fouillé par M. CHRISTOFLE aucune trouvaille.

N° 13 et 14 - Effondrés.

N° 15 - Caveau précédé d'un petit fossé.

N° 16 et 17 - Assez bien conservés.

N° 18 et 19 - Continus, le 19 est double.

N° 20 à 24 - Subsistent en partie.

N° 25-26-29 - Effondrés.

Les objets trouvés, vases, débris de vases ,débris de plomb, briques de grosses dimensions, ont été expédiés au Musée de Constantine.

COMPTE RENDU

d'une visite faite à une ancienne ville romaine,

Commune mixte de Collo, douar Beni-Ouelbane

Le vingt-deux décembre 1932, en compagnie de M. Auguste GIOVANETTI, géomètre-architecte de Collo, nous avons visité, cette ancienne ville romaine; elle est d'une superficie approximative de 50 hectares, est située sur un vaste plateau dans le douar Béni-Ouelbane (1) à 294 mètres d'al-

(1) Les Arabes nomment cet endroit " El Mrabaâ " (ruines romaines)


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-titude faisant face du côté sud-ouest au Djebel Driss (altitude 1.273 mètres), qui alimente de ses sources le petit village de Sidi-Mesrich, distant de 15 kilomètres, et de la ruine au Djebel, 8 kilomètres environ.

On s'y rend en prenant la route de Collo à Robertville; arrêt au 50e kilomètre ; ensuite 8 à 10 kilomètres à faire par les sentiers dans la montagne, couverte de broussailles.

A l'est de la Ruine, un petit oued sec en été; longe une petite partie et la contourne sur le côté sud-est pour se verser dans un oued qui coule au nord-ouest et qui sépare le plateau et la ruine presque jusqu'au bout et sur toute sa longueur ; des originaires nous ont déclaré qu'il existait sur cette partie plusieurs silos maçonnés ; à notre grand regret, faute de temps, la pluie et notre retour à Collo, nous n'avons pu les visiter, ce qui n'a pas empêché l'aimable M. GIOVANETTI de prendre cinq clichés et autant de plans et dessins que j'adresse à la Société d'archéologie de Constantine.

La carte du Corpus et celle d'état-major signalent cet endroit par simplement R01R01 ; mais c'est une ville d'une grande ampleur, peut-être aussi étendue que Djemila.

Rien n'est resté debout dans cette immense cité, ni arcs ni monuments. Rien ; par contre le sol est couvert d'innombrables vestiges : chapiteaux, bases, colonnes, linteaux et seuils de portes, métas, catilus (1) ; quelques grosses pierres ont encore sur leur côté une encoche creusée en forme de boucle ronde pour servir d'attache aux bêtes. Beaucoup d'inscriptions, les unes recouvertes de terre, d'autres visibles.

Une grande quantité de grosses pierres taillées ayant servi à la construction des immeubles particuliers et publics indiquent aisément les anciens tracés des voies et constructions, le tout recouvert d'une légère couche de terre transportée par les alluvions depuis des siècles.

La ville est entourée sur la partie que nous avons pu visiter de cinq petits fortins, séparés les uns des autres par un espace d'environ 200 mètres, il doit certainement y en

(1) Petits moulins à grains, en forme de coquetier mus à la main,


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avoir d'autres sur la partie nord que nous n'avons pu voir faute de temps.

Il doit exister, comme dans les autres villes romaines, de grandes huileries, ceci en raison de la grande quantité des séculaires oliviers ; il en est même poussé dans la ruine ainsi que d'autres essences, ce qui donne à cet ensemble vu. de loin, l'illusion d'un centre habité.

La ruine et ses abords sont abandonnés, ou loués aux habitants qui y labourent et font pacager par les bergers (1).

SA NECROPOLE

Elle est très intéressante, est située à environ 400 mètres au sud-est de la ruine, son étendue est d'environ un hectare ; comme la ruine, elle est parsemée de nombreuses et belles stèles, de caissons funéraires. Beaucoup ont à leur sommet arrondi, soit rosaces, poissons ou croissants.

CONCLUSION

Cette ville a-t-elle été abandonnée. Pourquoi ? Détruite par l'invasion vandale ? Ou bien les tremblements de terre ont-ils terminé cette oeuvre de destruction ; d'après mes calculs, je serais heureux, de ne pas me tromper, cette vieille cité pourrait bien être l'ancienne PACCIANIS MATIDIAE indiquée sur l'itinéraire d'Antonin, qui la relie d'un côté à Collo (CHULLU), de l'autre côté à Djidjelli (IGILGILI).

Il serait très intéressant si le Gouvernement mettait à ma disposition un petit crédit pour servir à fouiller les parties intéressantes, et tâcher d'y trouver si possible, le nom de la ville ; ce petit crédit me servirait à continuer les travaux commencés par mes soins dans la galerie romaine, falaise de Collo.

N. B: - Ci-dessous quelques détails des dessins et plans relevés dans la ruine par numéros d'ordre.

(1) En somme, promenade longue, fatigante, coûteuse, mais que nous refairions encore avec plaisir.


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Détails numérotés des six photos, relevés dans les ruines romaines

du douar Beni Ouelbane, je suppose l'ancienne

PACIANIS MATIDIAE

 

N° 1

E X H S TT_ N P_ R O M I S E R A

TTT _C C _N V M M V M S V A R

Grande dalle bien conservée, belle épigraphie, petite moulure sur tout le pourtour, relate une promesse en argent (2.000 nummum) pour la restauration ou l'agrandissement d'un monument qui se trouve derrière cette dalle, dans les buissons. Il en a versé 3.200. Longueur de la pierre : 1 m. 70 ; hauteur : 0 m. 42 ; épaisseur : 0 m. 30 ; hauteur des lettres : 0 m. 11.

N°2

C V L I O R B

_E N 1 P O

V L I A R M

_V A P P

Inscription sur bloc de grès rugueux. Hauteur : 0 m. 70 ; largeur : 0 m. 40 ; épaisseur : 0 m. 30; hauteur des lettres : 0 m. 06.

N° 3. - Grande et très belle stèle funéraire, beau chapiteau et socle, pourtour carré ; largeur : 0 m. 55 sur chaque face; hauteur : 1 m. 90 ; hauteur des lettres : 0 m. 05.

_D M S

M I V

L F I L I O V I

I V S E

___V I X A

__L X X X I

___H E S

N° 4. - Petite dalle en grès rouge. avec inscription funéraire. Hauteur : 0 m. 60 ; largeur au centre : 0 m. 35 ; épaisseur : 0 m. 18 ; hauteur des lettres : 0 m. 05. Epitaphe de Clodiux.

______D M S

R C L O

D I V I T A

_L I V A L

__H S E


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N° 5. - Beau bloc de granit blanc parfaitement taillé d'équerre, ce qui ne fait pas supposer une cassure. Je suis porté a croire que ce n° aurait une corrélation avec le n° 1, L. F. Libens Fecit.

Dédicace de T I L V S . L . F .

N° 6. - Beau socle en marbre blanc, moulure sur les quatre faces ; trois semblables dans un carré de 10 mètres sur 8 environ ; le quatrième a glissé de son emplacement et s'est casé contre celui de droite, face sud ; dimension à la base : 1 mètre ; au centre : 0 m. 70 ; largeur du haut : 0 m. 46 ; hauteur : 0 m. 52. Je suppose l'existence d'un temple, les colonnes sont certainement enfouies.

ENVIRONS DE COLLO

N° 7. - Stèle funéraire en marbre blanc, trouvée sur le Djebel Koudiat El Snâd, face au blockhaus, brisée au 2/3 sur sa hauteur. Hauteur : 0 m. 48 ; largeur en 'haut : 0 m. 13 ; largeur du bas 0 m. 40. Hauteur des lettres : 52 millimètres ; épaisseur de la dalle, 7 centimètres.

_______M S

_______I A

R V A R I A

A X X X V

__H S E

Reconstitution de l'inscription :

________D M S

____I V L I A

F E B R U A R I A

_V A_ X X X _V

_____H S E

N° 8. - Stèle punique en grès jaune, trouvée aux environs et au-dessus des grottes phéniciennes. Personnage debout de face, tête très allongée, tenant dans sa main droite un bouclier rond, de sa main gauche, je suppose une draperie ou un objet défensif ; à gauche, une palme contournant le personnage, aucune inscription. Hauteur de la pierre : 0 m. 50 ; largeur : 0 m. 27 ; hauteur du personnage : 0 m. 31 : épaisseur : 0 m. 10.


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N° 9. - Petit sarcophage en grès, avec son couvercle, à deux pentes, sans squelette, ni inscription, ni dessin, trouvé au nord-ouest de Collo, prés de la carrière domaniale. Hauteur du sarcophage : 0 m. 50 ; longueur : 0 m. 60 ; largeur : 0 m. 32. Le couvercle, longueur 0 m. 65 ; largeur 0 m. 35 ; hauteur 0 m. 18. Le tout bien conservé.

N°10. - Commune de Saint-Arnaud (Constantine) Rencontré dans une de mes promenades : Stèle funéraire à tête arrondie, scellée à l'angle d'une construction, à l'entrée du village en partant de Constantine. Elle représente deux personnages debout de face, mari et femme drapée ; leurs mains sur la poitrine et serrant leur manteau. Au-dessus des personnages D M S Dans un cadre au centre au-dessous des personnages, deux lignes de belle épigraphie :

_____D I R . M A T . . A U G . E V A

V E M N A_ V A __C L V (155 ans, bel âge)

Hauteur de la stèle, 0 m. 60 ; largeur, 0 m. 43 ; hauteur des lettres : 0 m. 04 ; moulure à droite : 0 m. 04 ; celle de gauche : 0 m. 02 ; hauteur du cadre : 0 m. 11. N'a pas été photographiée, mais estampée et copiée.

RUINES ET VILLA ROMAINE

On ne trouve dans, la région aucune ruine intéressante, sauf des vestiges ; ni inscriptions, ni monnaie, ni poteries. Une villa d'une quinzaine de mètres carrés, près du tunnel, plage des Jeunes Filles, se composant de six ou sept pièces ; au centre d'une de ces pièces, une mosaïque faite de losanges et rosaces. Vu son peu de valeur a été abandonnée ; fouillés, je crois à l'instigation de la société archéologique de Constantine, le pourtour et l'ensemble de la construction en pierres de taille ont encore par endroits deux mètres de hauteur ; j'y ai trouvé, au centre, un méta de moulin un peu abîmé


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COLLO

DECOUVERTE D'UN SARCOPHAGE EN MARBRE BLANC

 

Au sommet du Koudiat Essnâd (altitude 150 mètres), un sarcophage en marbre blanc a été découvert par mes soins. Cette pièce, très belle dans son ensemble, est à l'état d'ébauche, mais une ébauche très avancée. Les ouvriers qui la façonnaient semblent avoir été surpris dans leur travail par quelque événement calamiteux qui en a. empêché l'achèvement. Il ne peut en être autrement, car comment concevoir que des ouvriers puissent abandonner un ouvrage aussi avancé, après avoir tant peiné pour le transporter à cette altitude, par des pentes, très raides et sillonnées de ravins parfois très encaissés ? La masse a été équarrie et creusée d'une fosse rectangulaire aux angles arrondis de 1 m. 83 X 0 m: 64. Sa longueur totale est de 2 m. 08. Sur toutes les faces (intérieures et extérieures), les marques du ciseau sont nettement apparentes. Seul, le lit de pose a été achevé et présente une surface absolument lisse. Le centre de la façade postérieure comporte un petit fronton que supportent deux colonnettes. Entre ces dernières, une porte entrouverte est nettement représentée. Deux colonnes de 0 m. 10 de diamètre . sont taillées aux angles et terminent cette façade dont l'ensemble est des plus harmonieux. Collo et ses environs ne possèdent pas de carrières de marbres. On peut donc supposer que ce bloc a dû être extrait des carrières du Filfila (Philippeville), et transporté à l'endroit où je l'ai découvert au prix de mille difficultés. On se rend facilement compte du travail qu'ont dû fournir les anciens pour le monter à la côte 150 par le mal que j'ai moi-même eu, à l'en descendre. Ce sarcophage est destiné à venir embellir le petit musée, qu'avec la collaboration de M. GIOVANETTI, architecte-voyer, je me propose de créer à Collo dans le jardin du Monument aux Morts, en un endroit que M. le Maire Génova a bien voulu mettre à notre disposition.


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IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS

DU TEMPS DE L'ANTIQUE CHULLU

Selon, les auteurs anciens, Chulli occupait une très grande importance commerciale ; elle occupait le deuxième rang après Cirta (Constantine). Ses comptoirs de vente étaient surtout le miel, cuirs, huile, olives, fruits, laines, étoffes, teinture rouge extraite des chênes-lièges, tan, garance, bois de construction et ouvrages tirés de toutes ses vastes forêts, chêne, chêne-liège, frêne, figuiers, oliviers, cactus, forêts qui existent encore de nos jours et exploitées.

MINERAIS (même époque)

Les Anciens les connaissaient et les exploitaient. Quelques mines le sont encore de nos jours. Minerais de fer chromé de Deuch, El Béz, gisements très riches de l'Oued Thamanhar (33 kilomètres sud-est de Collo). Kalâa, mines de plomb inexploitées à 4 kilomètres de Chéraïa, mines de cuivre et de plomb intéressantes, inexploitées aussi. Carrières de kaolin, au-dessus de Bessombourg, même cas.

COLLO (période Arabe)

Il est souvent question de Collo dans l'histoire africaine arabe. Au dire de l'écrivain EDRISI, le commerce y était très florissant au IIè siècle de notre ère ; en 1282, Pierre d'Aragon (Espagne), dirigea une expédition sur le port de Collo espérant ainsi la conquête du département de Constantine, mais il fut déçu et retourna en Sicile avec sa flotte. Cent ans après, les Génois et les Pisans fréquentaient le port de Collo où ils achetaient toutes sortes de produits qu'ils exportaient. A partir de cette époque, Collo se perd dans la nuit des temps ; plus de traces ni de l'occupation romaine, ni arabe.

OCCUPATION FRANCAISE

L'occupation française de Collo date du 11 avril 1843, par le Général Baraguay d'Hilliers, qui y installa une petite garnison ; depuis, ce centre a toujours été occupé militairement.


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Le 2e régiment d'infanterie de ligne fait partie de l'expédition contre les Zerdezas :et dans l'Edough du 12 février au 14 mars ; ensuite contre les tribus rebelles de Bar-Louta 6-18 avril ; puis contre les Beni-Toufout, le 2 mai ; le régiment s'empare de Collo le 11 avril, au point du jour, sous les ordres du général cité plus haut. Ensuite du 20 mai au 1er août, poursuite contre les tribus des Hanenchas, par 300 chasseurs de ce régiment sous les ordres du même général.

En 1856, dans la nuit du 21 au 22 août, terrible tremblement de terre, beaucoup de victimes, 54 immeubles détruits reconstruits depuis.

ANCIEN COMPTOIR DE COLLO

La maison dite, du Comptoir de Collo, était, à cette époque, située au-delà de la mosquée ; actuellement elle est la troisième, à gauche, au-dessus, de la route, promenade de la Presqu'île, face au port.

Cette habitation était appelée par les Colliotes, Dar-el-consul (Maison du Consul), elle fut plus tard habitée parle caïd Ali Bou-Saâ. Aujourd'hui, propriété de M. Bakiri, commerçant à Collo.


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DOCUMENT

Extrait du registre des décès n°1 de l'Eglise St-André

et marquant une des premières étapes de la

Conquête de l'Algérie


ANNÉE 1854


 

Le 15 décembre 1854, je soussigné, Curé de Djidjelli en relâche à Collo, pays non encore conquis (1), ai enseveli par grosse mer, vent et pluie, un fusilier du 70e de ligne, décédé à bord de la corvette de guerre " L'Euphrate ", le nommé CARET Jean-Antoine, au pied d'une ruine romaine à l'est de Collo, sur la route de Stora et dominant le petit phare rouge qui est actuellement sur cette route.

Le corps fut plus tard exhumé et transporté en France, dans sa famille, aux frais du Gouvernement.

Signé : E. FABRE, Curé de Djidjelli.

(1) L'auteur voulait sans doute dire : " pays non encore pacifié ". Ce document revêt une certaine importance, en ce sens que ni la mairie, ni l'église ne possèdent de registre de l'état-civil de 1854 à 1862.

Mes recherches ne m'ont amené à découvrir que 13 mariages, 43 baptêmes et 61 décès (civils et militaires), de 1863 à 1872.


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DÉPUTATION DU DEPARTEMENT DE CONSTANTINE

M. Morinaud Émile, maire de Constantine, député.

M. Serda, délégué financier de Bône, député.

M. Jules Cuttoli, député.

M. Paul Cuttoli, sénateur.

APERÇU ADMINISTRATIF

Conseil municipal : Le maire, 12 conseillers français, 6 conseillers indigènes.

Police : Un chef de la Police municipale, 2 agents indigènes.

Architecte : Un.

Cantonnier : Trois.

Commune mixte : M. Muselli, administrateur ; deux administrateurs-adjoints, un secrétaire, un secrétaire-adjoint, une dame sténo, trois khodjas-interprètes, un chaouch, neuf cavaliers.

Justice de paix : un juge, un suppléant rétribué, deux suppléants non rétribués.

Greffe : un greffier, un commis-greffier, deux commis aux écritures.

Interprétariat : Un interprète, .un commis.

Contributions : un receveur, un vérificateur, un porteur de contraintes, deux commis.

Domaine et timbre : un receveur, un commis.

Notariat : Un notaire.

Hôpital auxiliaire : Docteur Génova, médecin, maire ; un auxiliaire médical, une infirmière visiteuse, un infirmier indigène.

Gendarmerie : un maréchal-des-logis, un brigadier, cinq gendarmes.

Prison civile : un gardien-chef.

Caserne des Sénégalais : un capitaine, un lieutenant, dix sous-officiers, deux cents hommes.

Douanes : un receveur, un sous-brigadier, trois douaniers.


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Postes et télégraphes : un receveur, cinq dames employées, un facteur.

Culte français, catholique : un curé.

Culte musulman : un iman-muphti.

Culte israélite : néant.

Culte protestant : néant.

FAUNE

Beaucoup de sangliers qui gîtent dans les forêts de Collo ; quelques chacals dont on entend, la nuit, le cri lugubre et agaçant.

Les animaux féroces ont, depuis très longtemps déserté le pays.

GIBIER

On rencontre, au bord des cours d'eau quelques rares bécasses et bécassines, canards et poules d'eau ; en montagne peu de lièvres ou perdreaux ; quelques pigeons ramiers.

MAREE

Très abondante en toutes catégories et à des prix très bas, joie de toutes les ménagères.

MARCHÉ AUX LÉGUMES

Assez bien alimenté, surtout au printemps et à des prix très abordables.

ANIMAUX DE FERME

L'élevage du bétail transhumant y est assez pratiqué, mais pour la consommation sur place, les moyens de transport étant trop onéreux et les sujets pas intéressants.

En général, les produits bovins, ovins, sont peu appréciés en raison de leur petite taille.

RACE CHEVALINE MULASSIÈRE

Délaissée, elle n'est pratiquée que pour les besoins de la région.


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TOPOGRAPHIE SUR COLLO


SA POPULATION

Collo est construite au bord de la mer qui lui forme une presqu'île et presque tous les immeubles sont construits avec des pierres de taille provenant de ruines romaines.

Elle est entourée de trois côtés de montagnes verdoyantes.

Géographiquement, elle est située par 4°25 de longitude est et 37°21 de latitude nord (1).

Sa population, en 1932,.est de 4525 habitants y compris les deux douars de la Commune de plein exercice :

Douar Arb el Sidi Achour ............................1277 habitants

Douar Ouled Mazouz.................................... 236 habitants

Ville : Population française ............................618 habitants

Ville : Population indigène........................... 2220 habitants

Ville : Etrangers............................................ 174 habitants

 

Total ..........................................................4525 habitants

 

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

La ville est construite à l'européenne et divisée en deux parties.

La partie haute, côté nord et la presqu'île, est en damier cinq longues rues perpendiculaires, quatre en travers.

La seconde partie commence face au port ; de nombreux immeubles y sont édifiés, et se continue par la presqu'île où de nombreuses maisons en amphithéâtre sont construites ; les montagnes toutes verdoyantes donnent une bonne impression.

Dans les parties déboisées, quelques propriétaires cultivent de la vigne dont le vin est excellent. Une promenade de deux kilomètres en fait le tour, délice des amateurs, construite en corniche. Vue magnifique des falaises par endroits de plus de 80 mètres de haut.

La ville est traversée souterrainement et dans plusieurs sens par d'anciens égouts romains bouchés par suite de nombreux travaux dans la ville ; une seule petite partie

(1) Les coordonnées données par le GPS (En l'an 2000) sont 37°00'51'' N et 006°33'12'' E. La forte différence de longitude est sans doute liée à l'origine qui dans le cas de l'ouvrage de J. Parrès doit être prise sur le méridien de Paris et non sur celui de Greenwich (longitude de Paris : 2°20') . Note du responsable du site.


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sert encore, c'est celle qui, partant de l'angle sud-est de la place et qui se déverse dans le port en face à la mosquée après avoir reçu les eaux de la rue Nationale et de quelques rues transversales. Le second plus court part de l'abreuvoir-fontaine, au-dessous de la douane, et se déverse aussi dans le port.

Depuis le 30 décembre, quai et port sont éclairés électriquement par six lampadaires de 100 bougies, cette bienfaisante amélioration était attendue depuis très longtemps, à la grande satisfaction des gens de mer et de toute la population.

Superficie de la ville, 53 hectares 51 ares 24 centiares et de l'ensemble du territoire, 2411 hectares.

COMMUNE MIXTE

Vingt et un douars :

Population européenne ...........601 habitants

Population indigène ............62956 habitants

 

Total .................................63537 habitants

DISTANCES ET MOYENS DE COMMUNICATION

PAR TERRE

1° Collo-Chéraïa............................................................................ 7 kilomètres

2° Collo-Bessombourg................................................................. 14 kilomètres

3° Collo-Col de Guelmoum ...........................................................26 kilomètres

4° Collo-Robertville ......................................................................69 kilomètres

5° Collo-Alger, par la forêt de Yakouren (Bougie-Autobus) ...........568 kilomètres

6° Collo-Alger par Constantine (voie fer.) .....................................674 kilomètres

7° Collo-Djidjelli ..........................................................................144 kilomètres

8° ColIo-Philippeville ....................................................................78 kilomètres

9° ColIo-Constantine ...................................................................114 kilomètres

Quatre autocars assurent les services suivants : Autos Giovannetti-Duffort : Collo à Robertville, courrier et correspondance des trains Philippeville et Constantine ;

Les mêmes : service de Collo a Philippeville.

Service Oculi : Collo-Philippeville.

Autocars Benembarek : service Collo-Constantine.


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CLIMAT ET METEOROLOGIE

Le climat est assez sain, favorisé par les vents de terre et la fraîcheur des montagnes environnantes toujours vertes.

L'hiver, le thermomètre ne descend jamais au-dessous de zéro, pas de neige sur la ville ; l'été à l'ombre, entre 25 et 30 degrés , au soleil, 40 degrés.

Fortes pluies pendant l'hiver qui commence en novembre et finit en mars , l'été quelques orages que l'on reçoit avec plaisir, car ils rafraîchissent pour quelques journées l'état de la température ; ces orages sont dûs au voisinage de la mer et des montagnes environnantes.

HOPITAL

L'hôpital auxiliaire qui porte le nom de son créateur, L. CUSTAUD, ancien Docteur et Maire de Collo de 1900 à 1928, décédé cette même année, emportant dans sa tombe les sympathies des habitants et les regrets de ses nombreux malades, homme très dévoué et très affable ; la ville en signe de reconnaissance a donné son nom à une grande rue ; son fils, très avenant, est secrétaire de la Commune mixte sous les ordres de l'Administrateur. Son successeur, le Docteur GENOVA, Maire de Collo, homme très dévoué et estimé remplit ces deux fonctions avez zèle, à la grande satisfaction de la population.

FORTIFICATIONS

La ville est entourée, du côté nord seulement, d'un mur d'enceinte de quelques 400 mètres environ, quatre bastions qui n'ont plus leur raison d'être ; leur démolition permettrait aux habitants de cette partie de la ville de jouir de la vue sur la mer, et ce quartier aurait plus d'air (1).

Trois massifs montagneux toujours verts, font face de trois côtés à la ville ;. au sommet de l'un d'eux, face au nord est construit le vénérable marabout de Sidi Achour, altitude 540 mètres ; du côté sud-est, sommet moins élevé une casemate et un blockhaus abandonnés ; ils dominent la ville et la mer.

(1) Le Ministre de la Guerre, vient de faire déclasser les fortifications. en vue de leur démolition.


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PROMENADES

Sous ce rapport, Collo est très bien partagée ; elles sont nombreuses : sur mer, sur le littoral, par terre.

Visite du marabout Sidi-Achour, sur une montagne boisée et à 540 mètres d'altitude ; on y accède par un sentier à moitié détruit par les eaux. Belle vue sur la mer et sur Collo, mais ascension périlleuse et fatigante.

Un peu plus bas, au point où se trouve la coquette maison forestière, commencement de la route de la carrière de granit construite en corniche ; son élévation est d'environ 180 mètres pour une distance de 2000 mètres ; la construction de cette route a coûté à la Compagnie Schiaffino qui l'exploite 192000 francs ; de cet endroit (carrière) vue magnifique sur la mer et la ville.

Partant de la caserne des Sénégalais pour aboutir au pied du Marabout Sidi Lakhdar (Aïn Zida) où est installé le champ de tir, plage de plus de 1000 mètres de longueur, très fréquentée, même par des étrangers.

Promenade et visite du Rendez-vous, Fontaine des Sangliers, à 2 kilomètres, route de Collo à Robertville. Avant l'occupation française les habitants l'appelaient Source des Lions, aujourd'hui, elle a perdu de son prestige, elle a nom : Source des Sangliers... Endroit très gentil, très fréquenté, ombragé, belle plate-forme, source agréable et fraîche ; un peu plus loin, très belle plage peu profonde, qui rassure les mamans.

Visites à flanc de montagne et à un quart d'heure de Collo, des vingt-neuf grottes phéniciennes d'un accès très difficile, quelques-unes sont visibles de la route en face le feu rouge, bord de la mer ; actuellement quarante-six connues.

Promenade de la corniche, creusée dans les rocs de la falaise ; visite du phare, projection lumineuse, 50 kilomètres.

1° En partant de la caserne des Sénégalais, route de la Corniche, côté nord ; on la suit jusqu'au phare, ensuite retour sur ses pas en longeant les blocs du bord de la mer pendant environ 350 mètres, promenade dangereuse à ne faire que par mer très calme ; on arrive sur une plate-forme de 80 mètres carrés environ et se terminant en éperon vers la mer.


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En faisant face à la falaise, on a un spectacle splendide, cette partie de falaise brute haute de 15 à 20 mètres sur 50 de long, est composée de sa base à sa hauteur de colonnes de grès jaune blanchâtre et de plusieurs diamètres différents, certains très forts ; elles sont côte à côte et comme soudées par leur partie antérieure contre le roc ; on les supposerait, tellement elles sont régulières, taillées par la main de l'homme puis abandonnées. Ce phénomène a été produit à la suite des siècles par les eaux de mer soulevées par les vents et les sables (1). Certaines ont à leur sommet de petites grottes qui donnent abri aux oiseaux de mer ; à première vue, on croirait apercevoir une énorme colonnade supportant une construction titan nique.

La plate-forme, dont il est question plus haut, est composée par ces propres blocs, rongés et disloqués par les eaux, ce qui lui donne, vue de loin, l'apparence d'une immense mosaïque construite par des Cyclopes.

2° Le côté sud des falaises, face à la mer, n'est pas à dédaigner ; elles ont aussi leur charme, plus de cinquante mètres de haut, moins en plan incliné vers la mer. A leurs pieds, nombreuses criques, plates-formes, anciennes carrières romaines, vue très étendue sur la mer dont on aperçoit les montagnes de Philippeville, plus loin le Cap de Fer (Bône) ; sur tout le parcours de cette promenade, la montagne est toute verdoyante et plantée de vigne, oliviers, arbres fruitiers, cactus et broussailles.

Le Koudiat El Esnad leur faisant face est aussi très boisé ; autour de la casemate abandonnée, quelques pins, plantés par le Génie, un petit sentier d'un côté, un chemin de l'autre, tous deux en mauvais état d'entretien y conduisent les promeneurs ainsi qu'au blockhaus.

Entre la pointe, dite des Blagueurs, et le Marabout situe au bord de la mer et à environ 150 mètres du rivage, l'attention est attirée par un fait curieux.

Deux gros rochers triangulaires supportent par leur milieu, et en équilibre, une masse de pierre cylindrique de deux mètres de diamètre environ et de 4 à 5 m de longueur et qui est venu s'y coincer. Il porte le nom de

(1) Appelés aussi orgues.


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" repos des pigeons ". Jusqu'à ce jour, aucune tempête ne l'a encore déplacé.

A 25 kilomètres de Collo, route venant d'être achevée et qui conduit à la Maison forestière et au phare de Bougaroni, via Djidjelli.

Quelques autres promenades qu'il serait trop long d'énumérer.

Chéraïa, à six kilomètres, altitude 324 mètres ; gentil petit village à cheval sur la route de Bessombourg, contrée très cultivée, céréales, vignes, primeurs, fruits, élevage, eau abondante.

De Chéraïa à Bessonrbourg, 8 kilomètres, dépôt des lièges de la Petite Kabylie, vastes constructions pour leur exploitation et habitations. Altitude 548 mètres.

Chéraïa et Bessombourg sont appelés à devenir des stations estivales.

ÉCLAIRAGE DE LA VILLE

Eclairage électrique par secteur concédé, par MM. Consalvi père et fils qui en sont les propriétaires.

ECOLES

Derrière la gendarmerie, école de garçons et filles.

Ecole de garçons européens, rue d'Alsace, à mi-chemin entre la poterne des fortifications et les hangars à liège de la Petite Kabylie.

Derrière l'hôpital auxiliaire, une nouvelle école destinée à la population indigène presque terminée, style arabe, spacieuse, très bien comprise, comprenant quatre salles de 50 élèves, construite avec tout le confort et les aménagements modernes. Trois beaux logements pour Directeur et Instituteurs complètent la construction.

PLACE PUBLIQUE ET SQUARE

Sur la place publique, emplacement pour jeux de boules, tennis, foot-ball, tir, etc., au nord de cette place le square dont nous avons parlé plus haut, et le stade face à la plage de plus de 100 mètres de long, entre la caserne et le marabout Aïn-Zida. Rendez-vous des Colliotes.


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ALIMENTATION EN EAU

La ville est pauvre en eau, les quelques captages proviennent de la montagne. La municipalité s'occupe de capter les sources abondantes de la montagne El-Goufi, distante de 26 kilomètres et à l'altitude de 1183 mètres.

MONUMENTS DE LA VILLE

La rue de Constantine ou rue principale, venant de Robertville a environ 300 mètres de long ; à gauche, les Bureaux des Douanes, au-dessous un bassin-abreuvoir alimenté par les eaux de la montagne ; de l'autre côté de la route, le poids public ; en face, les quais, la mer, les bateaux. La mosquée Sidi Ali El-Kébir construite par les Turcs vers le XVe ou le XVIe siècle. L'entrée se compose de plusieurs marches ; à droite et à gauche supportant la voûte cintrée de la porte, deux belles colonnes romaines en marbre blanc et cannelées sur leur hauteur supportant deux chapiteaux de l'ordre corinthien et reposant sur leur socle ; malheureusement, elles sont recouvertes par des couches de peinture verte.

A l'intérieur et supportant la charpente de la toiture, trois rangées de sept colonnes ; leur chapiteau même ordre que ci-dessus. Ceux de la rangée centrale sont encore bien conservés ; leur diamètre varie entre 35 à 50 cm. et 2 mètres de haut ; malheureusement, comme il est dit pour les deux colonnes d'entrée, elles sont avec leurs chapiteaux et socles recouvertes de plusieurs couches de badigeons de chaux, au point de les rendre méconnaissables ; c'est réellement dommage.

Toutes ces colonnes proviennent des ruines romaines éparses dans cette partie de la ville, face au port côté est. Toujours en montant, le magnifique café Farrugia ; plusieurs constructions ; ensuite l'église avec sa façade monumentale en pierre de taille, son beau clocher, sa terrasse très large à laquelle on accède par deux escaliers de quinze marches, un face à l'église ; le second par la mairie.

L'intérieur n'est pas à dédaigner nef, sacristie, vitraux magnifiques, lampadaires, etc., et pouvant recevoir deux


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cents personnes. L'ensemble, extérieur et intérieur, d'un très bon goût, le tout sous la direction du sympathique M. le Curé Frangolacci.

MAIRIE

Belle construction à un étage supportée par neuf piliers en pierre de taille. Elle se compose d'une belle salle pouvant recevoir cent personnes. Les bureaux du maire, du secrétaire, du commissaire et de l'architecte sont séparés par un large couloir couvert. Sur le devant et au-dessous, face à la route, marché aux légumes et poissonnerie.

DIVERS

Le café Apréa, rendez-vous des amateurs de danse. Plus haut, le bâtiment de la poste et téléphones. A droite et à gauche, divers commerçants, hôteliers, épiciers, sans oublier les gargotiers et cafés maures qui occupent à eux seuls les trois-quarts des immeubles. J'oubliais les marchands indigènes de tissus et les céréalistes.

Je crois que sur ce point, j'ai tout passé en revue.

La caserne des Sénégalais, très belle construction pourvue de nombreuses commodités, pouvant recevoir 200 hommes est dotée de citernes romaines encore en service.

En face, la prison civile. C'est entre ces deux constructions que commence la promenade de la falaise, au-dessus et derrière la prison, ancienne citerne et château d'eau romain.

Après avoir quitté la caserne, franchi la poterne de la fortification, un square partagé en deux parties a été créé par les soins de M. le Maire actuel sous la direction de M. l'Architecte Giovannetti, il n'a que deux ans d'existence, une partie sert de promenade complantée d'arbres avec, au fond une plate-forme cimentée servant pour les fêtes.

La seconde partie du square très bien comprise avec au centre le monument aux morts. Pyramide en pierres de taille de granit de cinq mètres de haut, entourée de balustres enchaînés ; le parterre en marbre blanc porte les noms des 356 victimes de la guerre ; le tout d'un très bon goût


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agrémenté de petits arbustes et de fleurs, fermé d'une murette surmontée d'une grille en fer. Au centre de la place, un petit bassin avec jet d'eau.

INDUSTRIE ET COMMERCE LOCAL

Au nord-ouest de la ville, la Société des Lièges de la Petite Kabylie - dont le représentant est M. COLONNA. La Société a fait construire six hangars en fer, d'une superficie de plus d'un hectare, qui servent pour l'abri et la manipulation des lièges, munis d'un outillage moderne.

Même côté, plus à droite et au nord, la Société Armtrong - directeur M. PAES José- dispose aussi d'une grande et belle installation moderne.

Également la Société des Lièges des Senhadja-Collo.

CARRIERES

Pavés, bordures et dalles de granit, carrière louée par la commune à la Compagnie Schiaffino ; la route seule qui conduit à cette carrière a coûté aux locataires 192000 francs, sans compter les frais d'exploitation de carrière. Dirigée par l'ami SANCHEZ.

Une seconde, prés de la maison forestière et qui appartient au Domaine forestier, est aussi en exploitation.

MM. AMMIRATI frères et ROQUES exploitent au nord de la ville, une très vaste et importante usine, atelier de forge et charronnage, débitage des grosses pièces de bois, installation pour la confection et la cuisson des ébauchons pour la fabrication des pipes en souches de bruyère exportés en Amérique et qui nous reviennent sous forme de pipes. Cette usine occupait à l'époque florissante de nombreux ouvriers, elle est actuellement en chômage.

M. Charles RIPOLL, grand atelier de menuiserie, charpentes, peinture, essences d'auto, quincaillerie.

MM. GÉLORMINI, TOUSSAINT et LANGÉLO, atelier de menuiserie, charronnage, forge et maréchallerie.

A côté, petit moulin, mouture arabe, installé par M. LÉTTÉRI père qui la dirige et qui est aussi exploitant d'une importante usine d'ébauchons de pipes en souches de bruyère


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actuellement en chômage ; son fils, jeune pharmacien, exploite son officine avec talent, rue de la République.

BANQUES -- REPRESENTANTS

Banques : encaissements seulement :

Rizozli, Crédit Foncier, Société Générale, Russo, Banque de l'Algérie, Compagnie Schiaffino.

Au centre de la ville, quincaillerie très bien achalandée tenue par Mme ALEN.

Cinq usines de salaison de sardines sont fermées depuis trois ans ; toutes ces industries, lièges, pipes, sardines sont de grosses pertes pour les patrons et chômage pour les ouvriers qui quittent le pays.

COMPLEMENT AUX DÉTAILS SUR COLLO

Le 13 octobre 1932, une terrible tempête se déchaîna sur Collo et ses environs. La jetée et le petit phare furent détruits sur une longueur de plus de soixante mètres ; le port à souffert aussi.

Depuis juin, les entrepreneurs MM. ROSSI frères de Philippeville sont adjudicataires des travaux de reconstruction qui sont en chantier.


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PARTIE NUMISMATIQUE

 


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CONCLUSION

Cette petite étude soulèvera certainement quelques sourires ironiques. Mais comme je le dis dans la préface, je n'ai pas la prétention d'en établir un document littéraire inédit. Un aperçu général seulement. Que le lecteur m'excuse si j'ai commis quelques oublis ou erreurs.

Joseph PARRES, Collo.


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TABLE DES MATIERES

 

Préface ..................................................................................................................3

Collo, ancienne ville Punique, Romaine, Arabe Française ........................................4

Collo. Ancienne Chullu municipium. - Notice sur la nécropole romaine ....................5

Relation faite par M Parrès ...................................................................................12

Collo. Fouilles de Tahara Li Chetaïba ...................................................................15

Hypothèse sur l'existence d'un ancien détroit au bas de la ville de Collo .................15

Culte ancien .........................................................................................................15

Dolmens ..............................................................................................................16

Vestiges d'habitations romaines aux environs de Collo ...........................................16

Ruines d'un fort romain .........................................................................................17

Maison forestière .................................................................................................17

Préhistoire ...........................................................................................................18

Vestiges d'un therme romain .................................................................................18

Galerie romaine ...................................................................................................18

Découverte d'un tombeau romain sous le presbytère .............................................18

Notice sur les 29 tombeaux connus ......................................................................19

Détail des grottes ou tombeaux .............................................................................20

Compte-rendu d'une visite faite à une ancienne ville romaine.................................. 20

Sa nécropole........................................................................................................ 22

Conclusion ...........................................................................................................22

Détail et numéros des inscriptions trouvées dans l'ancienne ville romaine

que je suppose être : PACIANIS MATIDIAE .....................................................23

Découverte à Collo d'un sarcophage en marbre blanc ...........................................26

Importations et exportations du temps de l'antique Chullu ......................................27

Minerais (même époque) ......................................................................................27

Collo (période arabe) ...........................................................................................27

Collo (occupation française) .................................................................................27

Ancien comptoir de Collo..................................................................................... 28

Document concernant la conquête de l'Algérie ......................................................29

Députation du département de Constantine ...........................................................31

Aperçu administratif .............................................................................................30


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Faune ; Gibier ; Marée .........................................................................................31

Marché aux légumes .............................................................................................31

Animaux de ferme ................................................................................................31

Race chevaline .....................................................................................................31

Topographie sur Collo ..........................................................................................32

Géographie physique ............................................................................................32

Commune mixte ...................................................................................................33

Distances et moyens de communication par terre................................................... 33

Climat et météorologie.......................................................................................... 34

Hôpital................................................................................................................. 34

Fortifications ........................................................................................................34

Promenades .........................................................................................................35

Eclairage de la ville ...............................................................................................37

Écoles ..................................................................................................................37

Place publique et square....................................................................................... 37

Alimentation en eau ..............................................................................................38

Monuments de la ville........................................................................................... 38

Mairie ..................................................................................................................39

Divers ..................................................................................................................39

Industrie locale .....................................................................................................40

Carrière ...............................................................................................................40

Banques ...............................................................................................................41

Complément de détails sur Collo ...........................................................................41

Partie numismatique ..............................................................................................42

Conclusion........................................................................................................... 49